Il fallait trouver une alternative pour mon dernier mois de voyage. J’avais mon idée, 2 mots : Ama Dablam…
Une emblème mythique du Népal (probablement une des montagnes les plus représentées sur les peintures des artisans), cette montagne se trouve dans le Khumbu Himal, à proximité de l’Everest. Si l’on traduit son nom on obtient « Le collier de la mère ». Le collier faisant référence à son glacier suspendu près du sommet. Bien que relativement à basse altitude (6812m) pour une montagne himalayenne, elle marque tous les marcheurs qui la côtoie. Elle impressionne de par sa forme spectaculaire et sa domination en hauteur par rapport aux autres sommets voisins. En 2008, j’étais tombé en amour avec cette montagne lorsque je l’avais vue, au clair de lune, dominer le ciel étoilé. Il semble que je ne sois pas le seul à trouver cette montagne attirante, car l’Ama Dablam est le troisième « expedition peak » le plus grimpé au Népal.
Comme je suis déjà acclimaté à l’altitude, c’est en 4 courts jours de marche que nous atteignons Pangboche, la ville tout juste sous le camp de base. Nous faisons un arrêt au monastère de Tengboche afin d’y recevoir les bénédictions du Lama, mais malheureusement ce dernier est absent. Nous recevons tout de même, d’une gentille dame, du riz qui a été béni par le Dalaï-lama. Dans la tradition tibétaine et népalaise, ces biens bénits nous protègent contre tous malheurs. Je mets donc précieusement le riz dans une de mes poches espérant que la croyance est vraie! Pemba m’assure également que sa femme à Katmandou est allée voir un Lama pour qu’il nous bénisse pour l’ascension. Dans la tradition sherpa, les montagnes sont des dieux et déesses et on doit leur faire des offrandes afin qu’ils nous offrent leur sommet. Le Lama à Katmandou a donc fait ses offrandes à l’Ama Dablam pour nous. En espérant que la déesse (ou le dieu) nous laisse toucher son sommet!
Camp de Base (BC) 4800m – Camp de base avancé (ABC) 5400m – Camp 1 5800m
| Les tentes aux camp de base |
Le chemin entre le BC, l’ABC et le camp 1 est facile et ne pose que peu de difficultés techniques. Par contre, le chemin est long et c’est à ce moment que l’on est le plus chargé en victuailles. La première journée a donc été consacrée à faire un aller-retour entre le BC et l’ABC pour y monter une partie de nos 70 kg d’équipement. C’est un bon moyen également d’améliorer son acclimatation, car l’ABC se trouve à 600m au-dessus à 5400 m. Le lendemain, même histoire. On avale les 4h de marche qui nous sépare de l’ABC et nous montons une partie de la cargaison au Camp 1, 2h plus loin. Donc la troisième nuit (merci à l’acclimatation accumulée lors du trek de Gokyo) nous dormons au Camp 1, à 5800m, matériel en main et prêts pour la « vraie » grimpe. Le paysage est alors superbe, car des nuages s’installent dans la vallée, sous nous. On a une pensée pour les trekkeurs qui ne voit pas les montagnes, mais pour nous la scène est spectaculaire. Les montagnes dépassent comme des îles dans une mer de nuages.Camp 1 5800m – Camp 2 6050m et la « Yellow Tower »
C’est entre le camp 1 et le camp 2 que commencent les cordes fixes et l’escalade à proprement dite. Gomba me fait remarquer qu’on a de la chance cette année, car normalement à partir d’ici l’usage des crampons serait nécessaire.. Cette année, que de la roche! Alors, on garde nos bottes d’approche. C’est entre le camp 1 et le camp 2 que l’on trouve une des passes les plus techniques de l’ascension : la «yellow tower ». Il s’agit d’une face verticale à bon coefficient de difficulté (5.8 pour les initiés) très exposée. J’avais beaucoup entendu parler de ce passage. Même des grimpeurs expérimentés m’avaient dit qu’il y avait eu la frousse. Maintenant c’est à mon tour de voir…
| Dans la "yellow tower" |
| Camp 2 où le somnambulisme est déconseillé (6050m) |
Bref, c’est après 5h d’escalade que nous atteignons le Camp 2, une minuscule péninsule rocheuse où seulement quelques tentes peuvent s’installer. On doit faire extrêmement attention pour aller aux toilettes ou se déplacer dans le camp, car les chutes sont longues des 2 côtés de l’arrête.
Malheureusement, pas de place pour notre tente… Alors, on s’installe dans une qui semble vide. Au début je me sens mal à l'aise, mais Pemba me confirme que c’est pratique courante et qu’on ne doit pas s’en faire avec ça.
| Rest day! |
On sent la fatigue musculaire nous gagner tranquillement alors on opte pour une pose au camp 2 pour refaire nos forces et parfaire mon acclimatation.
Camp 2 6050m – Camp 3 6250m et le « Mushroom Bridge »
C’est maintenant à de l’escalade mixte que Gomba, Pemba et moi nous avons affaire. En effet, tout de suite après le camp 2 commencent les amoncellements de glace parmi les roches. La grimpe, toujours en étant exposée est très plaisante. On commence par monter dans un couloir qui a un très bon côté : il est à l’abri du vent. On commence à être haut et ça paraît. Le vent fouette et comme le fond de l’air est frais, ce n’est pas très agréable. L’air est également très sec, nous laissant souvent le soir avec une toux profonde.
| Mon ami Nadav, au repos |
| Pemba dans le couloir |
Donc comme je disais, le couloir est à l’abri du vent ce qui est très agréable. Les communications sont excellentes sans crier. À mi-chemin dans la montée on commence à recevoir des débris de glace en provenance du haut du couloir. On signale notre présence et ça semble se calmer. Quelques instants plus tard, des sifflements se font entendre. Un seul coup d’œil est nécessaire pour comprendre, des gros morceaux de glaces tombent d’en haut. Une seule solution, se coller contre la paroi, baisser la tête et attendre. Les sifflements donnaient froid dans le dos. Je peux vous dire que c’était très impressionnant et effrayant. Comme un bombardement à la guerre, c’est la seule idée qui me venait en tête, collé contre la paroi. Heureusement, ça n’a pas duré très longtemps et personne n’a été blessé!
| Le "mushroom bridge" |
Tout juste avant le « Mushroom Bridge », une autre avalanche de débris, mais cette fois de roches. Au moment où je passe un ancrage, quelque chose frappe mon sac avec violence et me fait pivoter. J’ai tout juste le temps de me retourner vers Pemba pour dire « A rock just hit my bag, I don’t know how big it… » Et bang une roche me frappe en plein sur le coude. Heureusement, plus de peur que de mal et un bon bleu en sera mon seul souvenir. J’étais content d’avoir mon casque à ce moment ! J
Quelque temps après, nous atteignons le « Mushroom bridge » la dernière partie technique avant le sommet. Très peu de grimpeurs parlent de cette section en comparaison avec la « Yellow Tower ». Pourtant, j’ai trouvé cette partie franchement plus effrayante! Il s’agit d’environ une cinquantaine de mètres où l’arrête et très mince et recouverte de glace. Parfois, il y a à peine de la place pour ses 2 pieds. Comme on est sur l’arrête, on est également balayé par les vents puissants. De chaque côté de l’arête, le précipice. Cette fois, pas le choix de regarder en bas, car on doit se concentrer pour ne pas s’embourber dans ses crampons et trébucher. C’est étourdissant et on ne veut pas tomber là. Les ancrages sont très distancés et au grand dam de notre sherpa de montagne Gomba, cette année les cordes fixes installées là sont statiques (c'est-à-dire que la corde ne s’étire pas sous le choc). La chute aurait donc été pénible…
Finalement, 4h15 plus tard nous atteignons le camp 3, bien content d’avoir passé toutes les parties techniques. Maintenant, il ne reste plus que de l’escalade de glace sous et par-dessus le Dablam (le glacier suspendu au-dessus du camp 3).
Camp 3 6250m - « Summit Push » et descente
Le Camp 3 est exposé aux vents et toute la nuit, la tente fouette rendant le sommeil difficile. Au réveil à 4h30, la journée du sommet, j’ai mal au ventre. Malheureusement, une bactérie que j’ai dans l’estomac depuis quelque temps semble s’être réveillée au mauvais moment. Au mauvais moment, car à 2 reprises je dois aller aux toilettes dans le froid glacial! Pas très agréable !
| Ma plus haute photo. Je suis à genoux et déclare forfait! |
Bien que je me sente mal, on se prépare et on commence à avancer à l’aube sur la montagne. 3-4h sont nécessaire pour atteindre le sommet du camp 3. Peu de temps après le départ, je dois déclarer forfait. Tout mon sang est dans l’estomac, j’ai mal au cœur et je suis faible. On doit faire demi-tour. Toute mon énergie a été nécessaire seulement pour retourner au camp 3. Pemba m’annonce la mauvaise nouvelle. On n’a pas de vivre pour tenter une autre poussée au sommet et il faut descendre, car dans l’éventualité où mon cas s’aggraverait, les secours sont difficiles voir impossible au camp 3. Je rassemble donc toutes mes forces et on amorce la descente jusqu’au camp 1. On arrive au Camp 1 après environ 6h de descente. Je suis épuisé, mais heureux d’être sain et sauf. Le lendemain nous descendons jusqu’au camp de base où je trouve de la médication pour mon virus.
À Bientôt Ama Dablam, la prochaine fois, on va se rencontrer au sommet J
P.-S. Pour la petite anecdote, les beaux nuages que nous avons vus dans la vallée ont causé bien des maux de tête aux voyageurs. Pendant 7 jours, les vols vers Katmandu ont été annulés. Plus de 1500 voyageurs étaient pris dans la petite ville de Lukla. Les lodges étaient bondés, les gens dormaient devant l’aéroport pour essayer d’être les premiers à voler. Des gens pleuraient, s’attaquaient au personnel des compagnies aériennes et il y a même eu une vitre de brisée. Heureusement, nous sommes arrivés une fois la météo meilleure et cette cohue passée. Si vous prévoyez un voyage dans la vallée, donnez-vous quelques jours d’extra entre le vol de Lukla et votre vol international. Ça va vous éviter de pleurer au comptoir ;-)




